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Les oeuvres et l’exposition Pervasive Paterns pensées par Maillard mettent en exergue des enjeux esthétiques liés à la société de consommation, au capitalisme et au marché de l’art. Qu’est-ce qui fait oeuvre aujourd’hui et comment est-elle appréhendée ? Le projet résonne avec les propos que le philosophe Hal Foster a développé dans son texte intitulé Design & Crime. Il reprend l’analyse d’Adolf Loos sur le style 1900, qu’il traduit au début du XXIe siècle par le style 2000 dans lequel il explique qu’aujourd’hui, tout est pensé par le prisme du design, dans une nouvelle forme de déhiérarchisation de l’art : « Ainsi le projet ancien de réconcilier l’Art et la Vie, que firent leur, chacun à sa manière, l’Art nouveau, le Bauhaus et de nombreux autres mouvements, s’est enfin accompli, non en suivant les ambitions émancipatrices de l’avant-garde, mais en obéissant aux injonctions spectaculaires de l’industrie culturelle. Le design est l’une des principales formes prises aujourd’hui par cette sournoise réconciliation. » 4 Le titre de l’exposition exprime cette dimension hégémonique puisqu’il signifie « modèle dominant » dans la traduction de cette expression anglaise. Le philosophe Gilles Lipovetsky, dans son ouvrage L’esthétisation du monde, poursuit cette réflexion et parle d’hyperesthétisation du monde et d’art transesthétique à l’âge du capitalisme artiste : « le capitalisme artiste a impulsé le règne de l’hyperconsommation esthétique au sens de consommation surabondante de styles certes, mais plus largement (…) de sensations et d’expériences sensible. »5 Le projet Pervasive Patterns soulève peut-être malgré lui des questionnements qui vont au-delà du milieu de l’art, et qui traduit le rapport esthétique et tendance que notre société entretient avec l’Art, à des fins de contentement et de séduction nécessaire au développement du capitalisme.

 

Fabienne Bideaud

Historienne de l’art et curatrice

La désacralisation à l’oeuvre dans ce travail s’affirme en dernier lieu comme un moyen de subvertir les mécanismes psycho-affectifs par lesquels un objet commun en vient à être celui d’un désir. Autrement dit, en empruntant nos termes à la psychanalyse, il s’agit pour Aurélien Maillard de détourner les investissements libidinaux et d’orienter autrement les processus de sublimation que la société capitaliste cherche à maîtriser. A rebours de cette instrumentalisation, le plasticien joue habilement des connotations sexuelles pour mieux rappeler l’idolâtrie consommatoire à son arrière-fond viscéral et aux opérations de séduction lancées par l’industrie, dans la veine d’une critique post-marxiste, discrètement assumée. A l’image du confessionnal Blackrooms, qui évoque de manière directe les clubs de sexe, ou de Priape, une érection de palettes de bois voûtées entre deux murs, en passant par les Pop-up sculptures, des totems en bois laqué dressés dans des caisses de transport, ses oeuvres agissent comme des contre-modèles qui séduisent à vide, sans vendre, ni promettre quoi que ce soit. Suscitant une contemplation esthétique désintéressée, simplement offertes à la jouissance du regard, elles constituent enfin la réponse réaliste et hédoniste qu’Aurélien Maillard apporte à l’aliénation du regard dévot, utilitaire ou consommatoire.

 

Florian Gaité, septembre 2015.

Saccage amoureux

« L'impact » n'est pas seulement « agressif », il se fait aussi séducteur. Chaque pièce est soigneusement ouvragée. Le geste de l'artiste presque artisanal – précis et précieux – construit patiemment l'illusion de la trace d'un autre geste aussi fluide que virtuel à l'instar des Brushstrokes de Roy Lichtenstein. Mais loin de l'objectivation ironique de l'artiste américain, il se dégage des impacts une énergie rock, un investissement libidinal, un groove sexy qui s'étale sur les murs d'un white cube amoureusement saccagé. L'incision du support comme dans les tableaux de Lucio Fontana est une opération aux connotations sexuelles assez évidentes. La présence de ces puissantes empreintes virtuelles que sont les impacts nous renvoie à ce que nous sommes peut-être : des êtres infiniment sophistiqués travaillés par des peurs et des pulsions sans âge. Dans un monde aseptisé et contrôlé comme jamais auparavant, la présence accidentelle de la vie dans l'univers demeure une béance insondable, une source infinie d'interrogation et de contemplation. Et c'est aussi de cela dont nous parle les « impacts » d'Aurélien Maillard.

 

Antoine Bricaud, 2014.